Ils sont passés par l’E2C93. La phrase paraît simple, presque factuelle. Et pourtant, elle contient des années de doutes, de tentatives, de reprises. Elle contient des silences, des hésitations, des élans. Une École de la Deuxième Chance n’est pas seulement un lieu où l’on apprend. C’est un lieu où l’on recommence. Où l’on accepte que le parcours ne soit pas droit, que l’âge adulte ne soit pas une évidence, que la confiance puisse se fissurer — puis se reconstruire. Notre école ne se contente pas d’accueillir des jeunes : elle se transforme avec eux.
À l’origine des Écoles de la Deuxième Chance, il y a une conviction politique forte, portée dans les années 1990 par Edith Cresson, alors Commissaire européenne : le décrochage scolaire ne devait pas devenir une condamnation silencieuse. Il devait être un point de bascule. Penser un dispositif spécifique pour des jeunes sortis du système éducatif sans qualification relevait d’une forme d’audace. Il fallait reconnaître une faille sociale et décider collectivement de ne pas la laisser s’élargir. Les premières Écoles de la Deuxième Chance ont ainsi été conçues comme des lieux d’expérimentation : apprendre autrement, accompagner autrement, relier autrement l’école et l’entreprise. L’E2C93 s’inscrit dans cette histoire, mais elle n’en est pas seulement l’héritière : elle en est la continuation vivante.
Une école a des murs, des salles, des bureaux. Mais ce qui fait son histoire, ce sont des visages. Des jeunes qui arrivent parfois en retrait, marqués par une fatigue du jugement ou une confiance érodée. Des jeunes qui apprennent peu à peu à habiter leur propre trajectoire. Ici, il ne s’agit pas de réparer des parcours comme on colmaterait une brèche. Il s’agit de les relancer. On y travaille les compétences, on construit des projets professionnels, on prépare des stages et des entrées en formation. Mais on y restaure aussi quelque chose de plus fragile et de plus essentiel : la possibilité. La possibilité de se projeter, de choisir, de prendre place dans le monde social et professionnel sans avoir le sentiment d’y être toléré.
Chaque jeune qui passe par l’E2C93 dépose quelque chose dans l’histoire commune. Une énergie, une résistance, une manière singulière de se tenir face à l’avenir. L’école ne façonne pas seulement des parcours ; elle est façonnée par eux. C’est en cela qu’elle écrit une histoire collective. Non pas une histoire abstraite, mais une mémoire faite de trajectoires réelles, d’engagements partagés, de partenaires mobilisés, d’entreprises qui ouvrent leurs portes, d’équipes qui accompagnent sans relâche.
Il y a dans l’expression « deuxième chance » quelque chose de profondément humain. Elle suppose que rien n’est définitivement joué, qu’un récit peut bifurquer, qu’une orientation n’est pas un destin figé. Depuis sa création, l’E2C93 participe de ce mouvement. Elle affirme qu’aucun jeune ne se réduit à son passé scolaire. Elle affirme qu’une société se mesure aussi à sa capacité à rouvrir des possibles. « Ils sont passés par l’E2C93 » ne regarde pas en arrière avec nostalgie. La phrase indique qu’un passage a eu lieu, qu’un déplacement s’est opéré, qu’un horizon s’est redessiné. Notre école et son histoire ne sont pas closes. Elles continuent de s’écrire, chaque jour, avec celles et ceux qui la rejoignent. Et c’est peut-être cela, au fond, la véritable deuxième chance : non pas recommencer à zéro, mais recommencer ensemble.