Et si on coupait le son ?
Du jeu vidéo au Musée de la musique
À la sortie de l’exposition, l’un de nos stagiaires fredonne un air entendu dans les salles. Un autre en reconnaît la mélodie. Ils rient. S’étonnent de la connaître aussi bien : quand ils jouaient autrefois, ils n’avaient pas conscience de l’écouter. Et les voilà qui reparlent des jeux auxquels ils jouaient quand ils avaient dix ans. Des années plus tard, ils sont encore capables d’en fredonner la mélodie, sans pour autant se souvenir de l’avoir un jour apprise.
C’est à cette écoute, souvent distraite et pourtant tenace, que s’intéresse le projet « Musique et jeux vidéo : à la découverte du son ». Coordonné par Archchana Selvarajah (responsable du site de la Courneuve) et son équipe, ce projet prend appui sur l’exposition Video Games & Music. La musique dont vous êtes le héros, présentée à la Philharmonie de Paris. Des premiers sons électroniques aux musiques orchestrales, l’exposition retrace l’évolution de la musique de jeu vidéo et ses liens avec les technologies de chaque époque.
Le travail commence en amont à La Courneuve. Les stagiaires sont invités à faire le récit d’un souvenir personnel lié à la musique ou à un jeu, puis à choisir, seuls ou en groupe, un sujet à présenter aux autres. Quelle est l’intention d’une musique lors d’une partie ? Comment les premiers jeux produisaient-ils leurs sons ? Chacun peut faire écouter un sample et expliquer ce qu’il y entend.
L’enquête s’élargit ensuite aux instruments. Avec le sitar comme exemple, les stagiaires apprennent à situer l’origine d’un instrument, à reconnaître sa famille, à décrire la manière dont on en joue et à en faire entendre un extrait. Ils sont aussi invités à produire eux-mêmes un son, avec un instrument, un ordinateur ou un téléphone. À quel moment ce que l’on entend devient-il de la musique ?
Mais la visite est aussi l’occasion de travailler d’autres compétences. L’orientation par exemple : comment va-t-on rejoindre la Philharmonie depuis La Courneuve ? On consulte une application de transport, on apprend à lire un plan, on repère les correspondances tout en calculant le temps du trajet. Ces gestes peuvent paraître anodins à qui connaît déjà le réseau. Pourtant, pour certains jeunes récemment arrivés en France, ils sont essentiels : apprendre à se repérer en ville, c’est aussi pouvoir décider un jour de retourner au musée par soi-même et s’ouvrir à l’une des plus belles capitales du monde.
Enfin, le projet prévoit un retour d’expérience par petits groupes. L’un pose les questions, un autre prend des notes, un troisième rapporte les échanges. Chacun revient sur ce qu’il a appris et sur ce qu’il sait faire avec davantage d’autonomie : chercher une information, préparer un trajet ou expliquer une découverte à l’oral.
Reste cet air que l’on fredonne en sortant. On le connaissait déjà. On sait maintenant à quoi prêter l’oreille en relançant une partie.