Retour

20 minutes, 5 mars 2008
Une deuxième chance partout en France

Pour aider les milliers de jeunes en rupture, l’Etat va-t-il mettre la main au porte-monnaie ? Nicolas Sarkozy et la secrétaire d’Etat à ka Politique de la Ville, Fadela Amara, ont souhaité début février « généraliser » le dispositif des écoles de la 2ème chance (E2C) dans la foulée du plan « Espoir Banlieues ». Actuellement, trente-six E2C permettent à 4000 jeunes de 18 à 25 ans de réacquérir les fondamentaux – lire, écrire, compter – pendant six à vingt-quatre mois, tout en se formant à un métier via des stages. C’est peu quand on sait que 150 000 adolescents quittent chaque année le collège sans poursuivre d’études ni de formation. Mais la formule semble fonctionner : 65 % des élèves trouvent un débouché, dont la moitié en CDI ou CDD long. « On récupère des jeunes de 20 ans en moyenne qui ont galéré, mais qui veulent s’insérer. Ils bénéficient d’une formation individualisée, avec de bons outils informatiques et un accès favorisé à l’entreprise », explique Alexandre Schajer, président du réseau E2C France. « Au lieu de retirer des jeunes de l’école pour les former, on leur donne une formation articulée autour de l’école », résume Blandine Kriegel, présidente du Haut Conseil à l’Intégration. « Le président de la République souhaite voir 20 000 stagiaires accueillis chaque année d’ici à 2012 avec, à terme, une école de la 2ème chance par département. Encore faut-il que l’Etat s’implique au-delà des mots : un stagiaire coûte 9000 euros par an. Nous demandons à l’Etat d’intervenir à hauteur de 20% à 30%, sinon les E2C sont en grand danger », alerte Alexandre Schajer. « Les régions, principaux investisseurs, n’ont plus les moyens de nous financer ».

Ce qui frappe en franchissant la porte de l’école, c’est le calme. Quelques jeunes en jogging et sweat à capuche discutent. Certains conjuguent les verbes être et avoir, font des multiplications, lisent en petits groupes, penchés sur des tables disposées en U. Pas de tableau noir, ni de devoirs ou de bulletins de notes, et pour cause : l’école de la deuxième chance de La Plaine-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), ouverte en 2002, est taillée sur mesure pour des ados fâchés avec le lycée, voire le collège, depuis plusieurs années. Parmi les soixante-huit stagiaires inscrits dans cette E2C, Sonia, 18 ans, a quitté le lycée en seconde. « Ils voulaient m’orienter en STT [sciences et technologies tertiaires], moi je voulais S [scientifique], alors j’ai claqué la porte. Pendant deux ans, j’ai rien fait, j’ai dormi », lance la jeune fille avec aplomb, sous les yeux de son formateur, qu’elle tutoie. « Je sais bien qu’il n’y aura pas de troisième chance », conclut-elle.
Ici, les jeunes âgés de 18 à 25 ans ont neuf mois au maximum pour rebondir après une période d’essai d’un mois. A coups de remises à niveau en orthographe, calcul, anglais, en alternance avec des stages courts payés en entreprise. « C’est un moyen pour se rattraper », lâche Mamadou, un sénégalais longiligne de 22 ans. Il rêvait d’être conducteur de T.G.V, mais après quatre ans sans avoir mis les pieds en classe, il a dû revoir son projet : il veut désormais travailler dans la sécurité incendie. « On aide les jeunes à être réalistes », précise Nacer Touati, responsable de l’établissement et formateur en maths. Et ça marche : environ deux stagiaires sur trois quittent l’école avec une formation qualifiante ou un emploi de boulanger, animateur, électricien, etc. en poche. Ils apprennent aussi – surtout ? – à être ponctuels, assidus, autonomes. Une fois par semaine, les ex-cancres se réunissent en « conseil ». Ils règlent les problèmes entre eux, imaginent des projets de sorties. « J’ai laissé un trou dans ma vie pendant longtemps. Mais je me suis secoué, il y avait urgence. Ici, c’est un bel endroit », affirme Bilal, 18 ans, qui a abandonné un CAP dans les métiers du bâtiment au bout de trois mois. Autour de lui, des ordinateurs, des tables neuves et une moquette feutrée. La cité de Saint-Denis où il a grandi est bien loin.

Retour